Acte
V :
Le
grand retour de la misère du peuple
Le
Grand-Chef n'eut pas le loisir de répliquer. Une "balle-perdue-mais-bien-ajustée"
l'atteignit en plein front et le projeta violemment hors de son corps,
dans le village des ancêtres. Un dénucléé
nommé Calamity-Jos venait de manifester son existence.
Calamity-Jos, hurlant : Notre Dieu nous a dit que Kamina est
une réincarnation de Satana voulant nous faire chuter dans sa
marmite où il cuit de toute éternité. Vous n'aviez
pas à le recevoir en audience ! C'est un péché
doublement mortel !
Le Grand-Sorcier se hasarda à protester : il aurait fallu
le lui dire et non pas l'abattre comme un chien enragé ! Vous
le connaissiez très bien, vous aviez accès à sa
table et vous saviez qu'il était homme de dialogue, ouvert à
toutes les idées. Pourquoi donc l'avoir abattu sans sommation
? C'est de la haute trahison ! De la félonie que de porter la
main sur notre Mulopo. Son sang retombera sur votre tête et sur
celle de votre descendance !
Calamity-Jos, dont la métamorphose en Manji était
évidente, hurla, menaçant : C'est de sa faute ! c'est
de sa faute ! Il savait que notre devenir est irrévocablement
lié à Kapiteyne, notre créateur et que c'est péché
mortel que de comploter contre lui ! Il devait savoir que si jadis Dieu
était un Dieu d'amour-volonté mais flanqué du maléfique
et réprouvé Satana qui gênait ses bénéfiques
entreprises, maintenant Il est devenu le Dieu-Dollar, et Satana l'âme
maléfique et réprouvée de Kamina. C'est donc le
Dieu-Dollar et Lui seul qui doit inspirer nos actions. Et ses ennemis
sont nos ennemis, et nous n'avons pas à les fréquenter.
Je ferai de même de tout hérétique !
Le Grand-Sorcier compris alors qu'il y avait danger en la demeure :
Kapiteyne était de retour, plus triomphant que jamais ! Et son
avatar, Calamity-Jos, aussi sanguinaire que Kapiteyne au temps de la
chasse au nègre. Le salut n'est donc que dans la fuite, une fuite
éperdue de cachette en cachette, jusqu'à ce que l'orage
passe. Il se précipita alors vers une des plus profondes retraites
que le pays put posséder et s'y calfeutra.
Sur conseil de son nouveau cerveau, un neveu de Kapiteyne nommé
Kopela-l'humanitaire, Calamity-Jos déclara être désormais
le pouvoir, tout le pouvoir, l'unique propriétaire et du pays,
et de ses richesses et des vies de tous ceux qui foulaient ses terres.
Alors, confondant l'autorité avec la terreur dans l'il
du subordonné, Calamity-Jos, pour illustrer ses dires, pendit
promptement, haut et court jusqu'à ce que mort s'ensuive, quelques
ministres, instaurant ainsi la légitimation par le meurtre, l'assassinat
comme signe extérieur du pouvoir.
Ce que résume le sinistre adage :"Manji m'mukalenga, mukalenga
y Manji" soit "le tueur est le chef ; le chef est un tueur".
L'assassinat et le pillage aux fins d'enrichissement personnel, la prostitution
de l'enfant et de l'épouse pour assurer la survie, le délit
de "pensée non conforme" et enfin l'impunité,
garante des frasques du détenteur du pouvoir, furent de même
légalisés.
Et le pouvoir n'eut bientôt qu'un seul visage, celui de la mort
: la mort par la faim dans la luxuriance de la végétation,
la mort par la maladie dans de sordides hopitaux-mouroirs, la mort par
la torture physique tentant d'extirper des idées non conformes,
la mort par "balles-perdues-mais-bien-ajustées", lâchées
pour affirmer la vitalité du pouvoir, enfin, la mort intellectuelle
faute d'écoles.
Plus d'avenir pour les jeunes, plus de santé ni de paix pour
la mère et l'enfant, plus de travail pour le père déresponsabilisé
du sort des siens, plus de salaire pour l'heureux travailleur, plus
de route ni de salut pour personne, rien que d'exubérantes dettes
internationales s'auto-régénérant grâce à
l'argent qui dort, donc rien que d'avides créanciers plongeant
des sondes dans l'estomac des bébés pour y récupérer
l'éventuel produit de leurs créances, rien que des deniers
de culte à payer, la seule prière concrète qu'admet
le Dieu-Dollar.
Aussi, des franges de plus en plus importantes de la population durent
se résigner à voter avec leurs pieds, à s'exiler
donc dans l'espoir de survivre comme sans papiers dans des mondes où
ceux-ci n'ont pas d'âme reconnue, ils sont moins que les animaux
domestiques.
Le peuple, sentant roder la mort, adressa une supplique désespérée
à Kopela-l'humanitaire, l'affable neveu de Kapiteyne : la mort
nous cerne de partout et le génocide nous menace. Au nom de la
solidarité humaine des terriens et de la sauvegarde de la bio-diversité
humaine, intervenez pour nous auprès de votre bien aimé
disciple. La mort, par son fait, s'est installée dans nos foyers.
Notre survie nous pose d'énormes problèmes. Nous ne pouvons
plus contrarier sa lubie de Présidence éternelle, ni son
envie d'être plus tard le cadavre le plus riche de son cimetière
et de toute l'Afrique. Qu'il cesse donc de détruire le pays et
de faire de nous des termites sans termitière, des âmes
éplorées errant en des lieux désolés.
Kopela-l'humanitaire compatit en paroles aux malheurs du peuple et promit
d'y mettre bon ordre. Mais avant toute action, alla prendre conseil
auprès de Kapiteyne son avisé oncle.
Kopela-l'humanitaire : Oncle, dit-il à Kapiteyne, m'est
avis que notre protégé a dépassé toutes
les bornes de l'horreur ! Il n'y a plus que mort et destruction dans
son pays. Et son peuple n'en peut plus. Il serait temps de lui imposer
moins de barbarie dans ses méthodes de gouvernement. Car nous
n'avons pas à nous identifier à un tel criminel.
Kapiteyne : Et alors ? Si même cela était, en quoi
cela nous gênerait-il ? Calamity-Jos et ses braves copains sont,
ne t'en déplaise, les meilleurs garants de nos intérêts
là bas. Bon an mal an, il nous rapporte gros, sans oublier ses
généreuses contributions à nos campagnes électorales.
Alors, rien ne doit changer. Il faut lui faire confiance. Il fait bien
ce qu'il a à faire.
Kopela-l'humanitaire : Mais Oncle, son peuple se meurt ! Sa gestion
tarrit la source de vos bénéfices.
Kapiteyne : Oh, tu sais, le monde est surpeuplé et comme
ces idiots d'africains ne veulent pas faire la chasse aux bébés
pour limiter volontairement leur nombre afin de faire plus tard de la
place aux masses grouillantes d'Asie qui menacent de nous envahir, autant
laisser agir la nature et son instrument privilégié qu'est
notre protégé. D'ailleurs ce qu'il fait est parfaitement
conforme à la tradition millénaire africaine qui veut
que le chef soit une incarnation de la mort pour son peuple. Et personne
n'y peut rien.
Kopela-l'humanitaire : Non, Oncle, je ne crois pas que Calamity-Jos
ait de près ou de loin quelque chose à voir avec la tradition
millénaire africaine. Je crois qu'il est plutôt une monstrueuse
réincarnation de ce que nous avions été pour son
peuple pendant la déportation outre-mer de ses fils. Car un peuple
croulant sous un tel monstre ne peut pas produire les merveilleuses
oeuvres d'art que tu as rapportées de là bas.
Kapiteyne : Bon, qu'il ait été un peuple civilisé
avant notre arrivée là bas, je peux en convenir, mais
c'est du passé et tel ne peux être son avenir. Il y a trop
de richesses chez eux, il faut qu'ils les partagent avec nous. Et ce
que fait Calamity-Jos va parfaitement dans le sens de nos intérêts
à long terme. Affaiblissement de la population, destruction de
l'élite intellectuelle, interdiction aux jeunes de s'instruire
pour prétendre demain participer à l'exploitation des
richesses de leur pays et surtout destruction de tout espoir de constitution
d'un peuple adulte pouvant parler de sagesse à sagesse avec nous.
Vu ?
Kopela-l'humanitaire : C'est odieux comme politique ! Je regrette
Oncle, je ne te suis plus. Nous ne sommes pas le monstre que tu me présente
là.
Kapiteyne : Il n'y a rien de monstrueux dans ce que je dis. Ce n'est
que de la haute géopolitique ! Il y a quatre siècles,
nous sommes allés dans les terres du Ponant, au Nord et au Sud.
Nous avons malencontreusement laissé faire ceux qui étaient
au Nord et ils ont bâti une superpuissance qui nous fait maintenant
courber l'échine. Mais nous avons pu contrôler l'évolution
du Sud, et ils sont devenus des parfaits sous-développés
entièrement à notre merci. Il doit en être de même
pour l'Afrique. Avec leurs richesses et leurs climats paradisiaques,
ne pas les laisser se bâtir une superpuissance comme ils l'avaient
fait en Egypte du temps des Pharaons, ils doivent croupir éternellement
dans le sous développement, l'Enfer sur Terre.
Kopela-l'humanitaire : Comment avons nous exercé notre contrôle
sur l'Amérique du Sud, pour orienter son développement
? Ce n'était plus des colonies, que je sache !Il en est de même
des pays africains.
Kapiteyne : Au Nord des terres du Ponant, nous n'avions pas d'autres
moyens d'action que l'intervention militaire pour imposer notre vouloir.
Alors, nous les avons laissé faire et ils ont évolué
selon leurs intérêts et ont mis en place un système
politique original, bien que barbare, et une organisation économique
sans équivalent dans nos pays.
Au Sud par contre, nous pouvions agir par l'intermédiaire de
ton oncle Mishonyi et de notre Sorcier-Suprême. Notre présence
physique n'était donc pas nécessaire. Un jour, dans une
des Républiquettes bananières, un brave gars, sous influence,
a décidé de massacrer toutes les autorités de son
pays et de se proclamer "el Señor Presidente", en dépit
de la Constitution en vigueur. Normalement, une guerre civile devait
s'ensuivre pour faire respecter la Constitution et la légalité.
Mais
le Sorcier-Suprême, qui est la Face visible de Dieu, est intervenu,
au nom de la paix, pour leur imposer, comme volonté divine impérative,
la Réconciliation nationale entre "l'assassin-hors-la-loi"
et "les patriotes respectueux de la légalité".
Et ils ont, les idiots, cru obéir à Dieu et ont légalisé
la légitimation par le meurtre selon l'adage : " le tueur
est le chef, le chef est un tueur ".
Et,
pour nous, le tour était joué. Plus rien de constructif
ne se faisait chez eux, tout le monde était absorbé par
la préparation du prochain putsch. Et ils sont allés de
putsch en putsch jusqu'à devenir de braves sous développés,
que nous nous sommes empressés de surendetter, pour payer leurs
inefficaces et surabondantes bureaucraties et leurs efforts de guerre,
afin de nous assurer qu'ils travaillent désormais pour nous pendant
les siècles à venir, remboursement de la dette oblige.
Kopela-l'humanitaire : et en Afrique...?
Kapiteyne : En Afrique, le même processus est en cours.
Nous laissons le brave Calamity-Jos et ses copains abreuver leur peuple
de toute l'horreur que l'homme peut concevoir. Le moment venu, nous
l'enlèverons et imposerons au successeur la Réconciliation
nationale au nom de la paix et du pardon chrétien. Ainsi l'impunité
sera assurée aux copains de Calamity Jos et nous pourrons les
aider à préparer leur retour en force au pouvoir. Et la
machine sera amorcée pour une évolution de putsch en putsch
! N'est-ce pas génial !
Kopela-l'humanitaire : Assurer l'impunité à des criminels
!
Kapiteyne : Oui, l'impunité totale pour Calamity-Jos et
ses braves copains. Dès lors tout quiconque accédera au
pouvoir pourra compter sur cette impunité s'il copiait la gestion
de Calamity-Jos. Et alors, le tour serait joué. Ils ne parviendront
pas à s'en sortir et il nous suffirait de peu pour les surendetter
et les faire travailler pour nous pendant les siècles à
venir. Donc, comme tu le vois, à long terme, Calamity-Jos est
une bénédiction du Ciel pour nos intérêts.
Il faut le consolider. ( )
Kopela-l'humanitaire : Mais Oncle, le peuple est en ébullition
et le pouvoir de Calamity-Jos n'est plus que symbolique. Le temps ne
joue plus en notre faveur. Plus longtemps nous attendrons moins bien
nous pourrions orienter le devenir de ce peuple comme tu le veux.
Kapiteyne : Toi et Mishonyi distrayez-les avec des bibelots ramassés
dans les poubelles de chez nous, parlez leur en jargon humanitaire et
ils patienteront, et la situation ne deviendra pas explosive. Les noirs
sont encore des nègres et les nègres sont de grands naïfs,
ils vous croiront, surtout si vous parlez au nom de Dieu. Gagnez-nous
donc le temps qui nous manque et tout ira bien.
Alors Sir Mosy, un autre denucléé, polygame et père
d'une multitude d'enfants abandonnés, en communion étroite
avec le Sorcier Suprême qu'il représentait localement,
se mit à déplorer la Tradition millénaire africaine,
faite de barbarie, d'ignorance de la charité chrétienne
et de non respect des droits de l'homme. Et il préconisa, au
nom de Dieu, le pardon chrétien qui n'exige du pardonné
ni l'aveu de sa faute ni sa renonciaton à la récidive.
Et
avec une habileté remarquable, il restaura le pouvoir ébréché
du mourant Calamity-Jos, en refit la source unique du droit et de la
légitimité, redonna vie à son Parlement-croupion
tombé en désuétude, réinstalla au pouvoir,
comme troisième voie, le plus faucon des gouvernements de la
dictature, celui qui ne sait parler que de P.a.s, du paiement des exubérantes
dettes internationales dont la réalité est encore à
démontrer et de gouvernement énergique donc sommaire.
Enfin il s'attela au retour de l'ètat-parti garrant de la gabegie
qui débilite le pays. D'ailleurs, sa mission n'est-elle pas de
remplir le Paradis sensé se trouver dans l'après-mort
? Et qui peut s'y domicilier sans problème, si ce n'est l'innocent
y expédié par Calamity-Jos et ses copains ?
Kopela-l'humanitaire, quant à lui, déplora vivement, lui
aussi, la barbare tradition millénaire africaine, contre laquelle
personne ne peut rien. Il promit néanmoins au peuple, et tint
parole, d'organiser à son profit la soupe populaire et d'intervenir
en sa faveur auprès de Calamity-Jos, à condition toutefois
qu'il prenne son mal en patience et se tienne tranquille. Et les nègres,
naïfs, encore très nombreux parmi les noirs, prirent leur
mal en patience et se tinrent tranquilles. Kopela-l'humanitaire, l'affable
neveu de Kapiteyne, parlait si bien !
Comme promis, Kopela-l'humanitaire intervint auprès de Calamity-Jos.
Après analyse de la situation, il lui conseilla d'assurer ses
arrières. Mieux, il organisa pour lui, à cette fin, une
milice de Manji ultra spécialisés dans le génocide
à la machette, véritable cancer social, à même
de liquéfier et putréfier le corps social du pays. Et
il l'inonda d'armements, parmi les plus meurtriers jamais conçus,
pour amplifier sa nuisance.
Et
enfin, le couvrit de dettes auto-regénérantes dont il
ne pourrait jamais se sortir. C'était là, répétait-il
à qui voulait l'entendre, l'unique garantie chrétienne
de paix sociale, l'unique chose pouvant calmer la fureur traditionnelle
du tout puissant Calamity-Jos, contre lequel aucune puissance au monde
ne pouvait rien.
Et Calamity-Jos réconforté, décida de serrer la
vis et, identifiant à tort l'Opposition à certaines ethnies,
décida d'accélérer l'épuration ethnique
dans l'Est, au Shaba et au Kivu : une cinquantaine de milliers de morts
et pas mal de milliers de pauvres hères votant avec leurs pieds
et envahissant les pays voisins. Cela fit mauvais genre dans ce monde
marchant à grand pas vers le XXI° siècle, la démocratie
et le respect des droits de l'homme.
Aussi, Kopela-l'humanitaire conseilla à son cher ami Calamity-Jos
de se décharger de la tâche d'épuration du peuple
sur les efficaces et discrètes alliées, qui avait fait
merveille sur la cote occidentale de l'Océan du Ponant, que sont
la maladie et la faim.
Il
fallait pour cela bannir la lutte contre la maladie en empêchant
le fonctionnement des hôpitaux, casser les entreprises qui permettent
aux travailleurs de narguer la faim, relancer l'inflation en légalisant
la fausse monnaie que tout un chacun pouvait créer, intensifier
les manifestations de sa puissance en remplissant les geôles et
en usant à tout bout de champs de pillages et de balles perdues-mais-bien-ajustées,
et enfin, accabler le paysan afin qu'il se contente de la soupe populaire
et se dispense de cultiver.
D'ailleurs,
lui dit-il, les hôpitaux, les écoles, les administrations
et toutes les entreprises à service public, ne se justifiant
pas financièrement par un profit immédiatement dégagé,
sont, dans une économie évoluée, condamnés
par Dieu-Dollar à disparaître, et le plus tôt serait
le mieux. D'autant plus que de telles mesures sont de nature à
compenser, pour le plus grand bien de l'humanité selon Malthus,
le surpeuplement de la Chine et de l'Inde par une vigoureuse dépopulation
de l'Afrique et donc de rapprocher ce dernier de l'excellent modèle
instauré au ponant de l'Océan du Ponant qui avec grâce
absorba le surplus de population de chez nous. Kopela-l'humanitaire,
l'affable neveu de Kapiteyne, parlait si merveilleusement bien !
Et Calamity-Jos approuva ces conseils excellents d'autant plus que toute
sa palette de marabouts pour faire savant lui avait assuré que
sa longévité au pouvoir et sur Terre était proportionnelle
à la moitié, exprimée en trimestres, du tiers du
carré de la somme des âges de ses victimes, plus la racine
carrée, exprimée en jours, du quart du montant de sa fortune
en dizaines de dollars. Plus simplement, plus il tuera des opposants
et plus son compte en banque sera rempli, plus longtemps il vivra. Ce
qui justifia son total investissement dans la réalisation de
ce programme vital.
De toute part cerné par la mort, le peuple eut la sotte idée
de réclamer pacifiquement, comme jadis promis à Kopela-l'humanitaire,
le respect des droits de l'homme, la prise en compte de ses aspirations
les plus légitimes et la good-governance du pays, bref la démocratie.
Et joignant le geste à la parole, il décida de pratiquer
le sitting-in, de boucher ses oreilles aux vociférations et menaces
de Calamity-Jos, tout en laissant ce dernier prélever, bon an
mal an, son lot de trucidés et de richesse nationale, pour assurer
sa longévité. Il ne fallait pas, bien sûr mettre
en porte à faux le gentil Kopela l'humanitaire, en donnant l'impression
qu'on en voulait à sa précieuse vie.
Amère déception ! Kopela-l'humanitaire fut loin d'approuver
ces manières de voyou qui avaient le don d'irriter Calamity-Jos
et donc de gêner son copinage. Le peuple aurait dû comprendre
que par ces temps de crise internationale, un minimum de soumission
au pouvoir en place, quel qu'imparfait soit-il, est sa seule voie de
salut. Il faudrait peut-être qu'on fasse un exemple, clair, net
et sans bavure, pour lui faire comprendre ce qu'il risque en s'entêtant
à rêver de démocratie, des droits de l'homme et
de développement.
Mais où le faire cet exemple salutaire ? Heureusement pour Calamity-Jos,
un Mwami de ses amis, avait à affronter la même situation
et se sentait perdu. Il lui conseilla de ne rien lâcher, lui fournit
et de l'armement et des conseils stratégiques et une milice de
Manji féroces, experts en génocide domestique. Et le monde
fut abasourdi par la cruauté de la danse rituelle des Manji,
ces réincarnations de l'Esprit de mort, dont la plus grande gloire
résidait dans l'exécution à la machette des bébés
et des femmes apeurées, devant les portes closes des maisons
du Dieu de Mishonyi refusant de les accueillir. Satana fut agacé
par cette concurrence déloyale dans ce domaine où il croyait
seul exceller. Mais il se tut par solidarité avec ces braves
Manji en qui il décelait son image et sa ressemblance.
Maweeja-a-Nangila, le Dieu d'amour-volonté, en fut plus qu'écuré.
Il intervint pour faire goûter aux Manji l'amer plat de la défaite
et instruire tout le monde que la bénédiction divine,
qu'est la victoire et la paix, n'est pas dans l'héritage d'un
Manji. Et pour que l'apparente solidarité entre eux ne puisse
faire illusion, Maweeja-a-Nangila, le Dieu d'amour-volonté leur
délégua la maladie afin de parfaire Sa punition et menaça
même de réveiller et faire gronder les volcans pour exprimer
Sa sublime colère.
Calamity-Jos, ce voyant, dit à Kopela l'Humanitaire et à
"Mishonyi-la-voix-de-son-Dieu" : c'est agaçant que
le génocide n'ait pas été mené à
bonne fin. La leçon risque de ne pas être perçue.
Il faut faire quelque chose pour sauvegarder notre impunité.
Et les Manji, buvant jusqu'à la lie le mépris et la réprobation
universelle de tout ce qui est vivant, se mirent à crever à
leur tour, sans gloire ni la consolation des terriens, et forcèrent
leurs professeurs à jouer au croque-mort, et Kopela et Mishonyi
à improviser un plan de sauvetage. Car, devant la situation peu
reluisante des Manji et le peu d'empressement des peuples civilisés
à leur venir en aide, ne rien tenter était synonyme de
perte de la face et celle douloureuse de crédibilité.
Aussi,
Mishonyi entonna, à pleine voix, l'archi-connu couplet sur la
charité chrétienne qui vole au secours des dévoyés
et des exclus pour les remettre sur la voie du salut. Kopela-l'humanitaire
tenta de constituer une réserve bleue-turquoise destinée
à protéger leur impunité de toute violation, notamment
par voie de jugement d'une cours internationale.
Et
enfin Kapiteyne à qui toutes ces initiatives risquaient de coûter
de l'argent, proposa d'intégrer, aux frais de la vertueuse communauté
internationale, ces spécialistes en génocide domestique,
dans une armée interafricaine d'intervention, prête à
voler au secours de tout dictateur en difficulté et de toute
menace sérieuse de violation de l'impunité. Car, clama-t-il
à tous vents, malgré l'assurance leur prodiguée
par Mishonyi d'aller immédiatement siéger à la
droite de Dieu-Dollar au plus haut des Cieux, les africains commençaient
à se lasser de crever comme des mouches et à ne plus apprécier
de vivoter moins bien que les vers de terre.
Pire, l'entourage de certains dictateurs commençait à
se lasser de n'avoir que l'assassinat d'hommes, de femmes et des enfants
désarmés comme unique distraction, que les pleurs de désespoir
des habitants comme chants de louange, que le départ en exil
dans les pires conditions des jeunes comme évaluation populaire
de leur gestion, que la bruyante approbation de Kapiteyne pour leurs
exploits de plus en plus horribles comme unique réconfort et
que des laïus terrorisants d'une multitude de créanciers
internationaux, dont ils ne se rappelaient plus ni comment ni quand
ils avaient fait affaire avec eux.
Ces
entourages de plus en plus s'interrogeaient sur le bien fondé
de la politique inspirée par Kopela l'Humanitaire et son oncle
Mishonyi. Le risque d'une défaillance du dictateur devenait possible.
Kopela-l'humanitaire envisagea cette éventualité et retint
comme unique solution la recolonisation ou remplacement de l'avatar
Calamity-Jos par lui-même, comme propriétaire et du pays,
et de ses habitants et de ses richesses.
Car, et toute la conscience de la vertueuse communauté internationale
ne manquerait pas d'en convenir, il est hautement immoral de laisser
à un défaillant un tel rôle et risquer de priver
la respectable communauté internationale des bienfaits de l'exploitation
des africains, qui ne sont, tous comptes faits, que des nègres.
Toutefois, une recolonisation exigeait de convaincre les jeunes d'épouser
cette cause et d'en accepter les risques, tout en renonçant à
la douceur de la vie dans la Péninsule Heureuse. A priori le
succès n'allait pas de soi. Mais l'opportun deuil de Kamina décédé
de sa belle mort et la bienvenue efflorescence du chômage et de
l'exclusion des jeunes, rendaient l'entreprise possible : les jeunes
ne devraient pas avoir d'autre choix que de s'y investir.
Et tout le monde attendit alors, avec impatience, que cesse le sourire
de Kopela-l'humanitaire face aux exploits de Calamity-Jos et de son
sinistre Mwami et que se manifeste sa volonté politique d'assumer
le pouvoir.
Maweeja-a-Nangila, par Sa Face étincelante Mvidie Mutala Meesu,
le Zambi qui ne dort jamais, perçu tout le drame que préparait
tous ces projets pour son peuple préféré et voulut
que Calamity-Jos quitte la scène politique de la manière
la moins glorieuse possible afin que tout un chacun sache que l'Homme
est à Son Image et Ressemblance et que nul ne peut se prévaloir
d'en être propriétaire.
Il
moura donc ex-Président, dans un désert, loin de la ferveur
des foules qui l'adoraient et sera inhumé dans l'anonymat intégral,
un petit matin glacial, après le ramassage des ordures. Ainsi
tout le monde saura que l'accès à la charge suprême
de Président et à la ferveur des foules ne transforme
pas l'homme en Dieu.
Ensuite, Il donna à ceux qu'on génocidait la grâce
de participer, aux côtés de son peuple préféré,
au nettoyage des errements de Calamity Jos en un temps aussi court que
celui d'un éclair dans Son présent perpétuel. Malheureusement,
les ex génocidés grisé par le succès de
ce nettoyage se mirent à leur tour à génocider
leurs frères que Kapiteyne avait introduit chez nous et reçurent
de ce fait la maudite marque de Caïn, l'apanage des Manji qui fratricident
leurs propres frères : guerres sans fin ni répit, exil
et émigration sur toute la terre.
Non
content d'être bien accueilli au Paradis qu'est notre pays, ils
pensèrent pouvoir s'en emparer et nous annexer à leur
minuscule pays, la réactions populaire fut foudroyante : ils
furent rejetés à plus de 2000 kilomètres de la
capitale où telle l'eau nauséabonde d'un mauvais orage,
ils stagnent attendant le retour définitif chez eux..
Mais
voilà que la national qui avait succédé à
Calamity Jos se laissait rattraper par son long exil loin de l'évolution
du peuple et crut se mettre à jour en imitant point par point
la gestion de ce dernier à la grande colère de Maweeja-a-Nangila,
notre Dieu d'amour-volonté qui espérait le nettoyage du
Paradis et non la poursuite de sa pollution à la Calamity-Jos,
aussi lui laissa-t-Il jouir de sa position le temps d'un clin d'il
dans Son présent-perpetuel , puis le foudroya d'un coup de sang
un petit matin après des beuveries.
Son
entourage qui n'existait que par sa parole fut désorienté
au point de traduire R.D.C. non plus par République Démocratique
du Congo, la traduction traditionnellement admise, mais par Royaume
Du Congo et installèrent Héritier et Roi, grâce
à une clique de conseillers nommés par le mort pour l'aider
à rédiger une Constitution, un Rwandais que le dit mort
aurait probablement adopté ! en même temps que sa veuve
Rwandaise de mère.
Et les pays cartésiens d'Europe et d'Amérique, très
pointilleux en matière de démocratie et de respect d'état
de droit, applaudirent des deux mains cette heureuse percée vers
l'instauration de la précieuse démocratie et d'un état
des droit ! Aussi bouleversèrent-ils les agendas de tous leurs
dirigeants afin de recevoir illico le Providentiel bébé-Mzee,
pour le consolider et surtout avoir l'honneur de lui serrer la pince
! Et le bébé-Mzee en profita pour négocier avec
son compatriote Rwandais afin de lui accorder un répit dans son
agression contre son Nouveau Royaume ! Se contenter d'un recul de 15
kilomètres dans un pays où deux villes jumelles sont à
400 kilomètres l'une de l'autre ! Autant pérenniser l'agression
et légitimer la partition du pays à la chypriote !
Le Grand-Sorcier fut atterré par ce brillant retour du Kapiteyne
de l'époque de la traite des nègres. Combien crèveront-ils
en ces temps de la profusion des armes, du sida, des OGM et de la vache
folle ? Les frères de Kapiteyne n'en veulent pas et pourtant
il faut les rentabiliser malgré les dégâts collatéraux
qui en résulteront. Les nègres ne cesseront donc pas d'en
être les cobayes consentants pour voir ce que ça fait aux
humains.
C'est ainsi que se déroula et continue à se dérouler
"la bonne blague" au berceau de l'Humanité. J'arrête
ici mon récit, pour ne pas m'aigrir et maigrir.