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LA COUPE EST PLEINE . IL FAUT LA BOIRE. La prophétie est par essence claire comme de l'eau de roche ; seule la raison déraisonne et l'obscurcit. 24 novembre 65 : Alors que je couvais une tuberculose contractée en prison, on m'apprend que Joseph Désiré Mobutu a, par coup d'état, pris le pouvoir. "C'est le tristement célèbre groupe de Binza qui monte au créneau, dis-je, et cela va saigner". Effectivement, quelques mois plus tard, à la Pentecôte 66, quatre ministres du Gouvernement Kimba, dont Kimba lui-même, sont condamnés à mort, après 10 minutes de procès, et pendus publiquement haut et court. L'avertissement fut bien reçu par les milieux politiques : "celui qui se disait être léopard" venait d'affirmer son caractère de félin, fauve sanguinaire, caractère qu'estompait son langage de nationaliste. Mai 68, après 4 jours de congé, m'accordés par le Conseil d'Administration et passés à Kampala, je suis révoqué d'Air Congo, pour désertion de poste !. Mis à part les 99 jours passés en prison, de décembre 1964 à mars 1965, pour atteinte à la sûreté de l'état, je n'avais jamais eu de congés depuis 1960 et apparemment ne devais jamais en avoir. Je suis déçu, ulcéré, mais néanmoins soulagé. Je me retire à Livulu pour reprendre une place de professeur de mathématiques à l'Université. Je commis alors une erreur impardonnable : j'exigeai que mes droits comme agent d'Air Congo soient respectés et, pire, je portai plainte pour licenciement abusif. Mal m'en prit. Des tentatives ratées d'enlèvement, l'odeur de la mort qui rode et vous colle à la peau, le souvenir de ce dont étaient capables les autorités et me voici dans une pirogue à destination de Brazzaville. Calme parfait sur le fleuve. C'était la première fois que je montais dans une pirogue et j'en fus très ravi, d'autant plus que les balles des gardes frontières que nous redoutions, n'arrivaient pas. Et, le lendemain, j'étais enfermé dans une chambre d'hôtel à Paris, attendant l'arrivée de ma famille: c'était le début d'une vie nouvelle, celle d'exilé. Fin 68, je suis saisi d'une grande frénésie. Je venais d'acheter une machine à écrire électrique et l'idée saugrenue d'écrire un livre me trottait dans la tête. Aussi, je m'enfermais, des heures et des heures, avec comme seul compagnon ma machine à écrire, rédigeant des pages et des pages, qui, dans le début, finissaient lamentablement au panier. J'avais quelque chose à dire, je voulais dire quelque chose, mais je ne parvenais pas à trouver quoi ni comment le dire. Cela aurait pu continuer indéfiniment ainsi jusqu'à ce qu'épuisé, je me détourne de ma machine et me mette à faire autre chose de plus utile, si un soir je n'avais pas été emporté par une inspiration fulgurante. J'avais enfin un sujet à développer et les idées venaient toutes seules. Et je rédigeais, et je rédigeais, souvent jusqu'à m'écrouler de fatigue devant ma machine. Un ami lut mon texte qui lui plut. Il contacta un imprimeur qui l'imprima à compte d'auteur, en mille exemplaires seulement, qu'il me livra un beau matin. Qu'en faire ? Une idée me vint : les vendre par correspondance en donnant la poste restante de Bourg la Reine comme adresse. Et cela marcha très bien. Le livre, Enterrons les Zombies, fut largement diffusé parmi nos compatriotes et c'est par centaines qu'il se mit à circuler au Congo, suscitant partout un intérêt certain. Et deux semaines plus tard, il fallut, le livre étant épuisé, le réimprimer en 3000 exemplaires. Mal m'en prit. Sur plainte du Président de la République, du Ministre des Affaires Etrangères et de celui des Transports et Communications du Congo, la police française fit une descente courtoise chez moi, perquisitionna, m'interrogea et me déféra finalement devant la 14ème chambre correctionnelle de Paris : celle des écrivains. C'était grave : je risquais l'expulsion vers le Congo où m'attendait un "transfert urgent et discret" vers le paradis de nos ancêtres. Je me défendis de mon mieux, jouant à fond la naïveté et la surprise devant tant d'agitation, alors qu'il ne s'agissait que d'une fable enfantine. Les juges français partageaient ma surprise et s'amusaient devant l'acharnement des avocats, commis par notre ambassade, sur un pauvre hère qui avait cru "que la France était le pays de la liberté totale et qu'on pouvait y dire, oralement ou par écrit, ce qu'on pensait réellement". Ils m'auraient
certainement acquitté, ne fut-ce que pour faire la nique aux
illustres plaignants, s'il n'y avait pas une affligeante disposition
légale parlant d'atteinte aux bonnes relations de la France avec
un pays étranger. Et je fus proprement condamné, à
un franc de dommages et intérêts, dans le procès
du Président de la République, mais relaxé dans
les deux autres. 1974, mon père meurt à Kinshasa sans que j'ai pu obtenir l'autorisation de le voir avant sa mort. Mais l'année suivante, l'autorisation arrive ainsi qu'une invitation à rencontrer le Président de la République. Me voici donc en 75 à Kin-la-belle ou régnait la puanteur d'une terreur opaque. Personne n'osait me parler de la situation politique locale; beaucoup me trouvaient, à juste titre, très dangereux parce que, dans mon inconscience "d'européen" je prétendais parler des problèmes du pays, librement et clairement, comme à Paris, d'où je venais. Or, à l'époque, parler d'un sujet politique, parler des problèmes du pays équivalait à un suicide certain. Le Guide éclairé était Dieu ; la réalité quotidienne et sa simple évocation, le diable à fuir sans hésitation. J'eu l'insigne honneur de rencontrer le Guide Eclairé et lui offris ma "Grammaire Objective du Ciluba Scientifique" qui venait de sortir de presse. A la question de savoir ce que je reprochais à son régime, après des circonlocutions destinées à éviter une arrestation toujours possible, je parvins à lui dire que c'était la nature même de son régime qui me dérangeait. Je le trouvais trop centralisé le rendant source de tout le bien et tout le mal dont souffrait le pays et que ses enfants auront à payer. Il serait sûrement mieux avec un Premier-Ministre-Bouc-Emissaire, responsable devant le Parlement. Et je regagnai mon exil, heureux de me réexiler, le "virus" étant placé dans le système. Quelques semaines plus tard, simple coïncidence, je suppose, le Congo devenu Zaïre avait un Premier Ministre-bouc-émissaire en la personne de Mpinga-Kasenda, un muluba universitaire et originaire de Muene-Ditu comme moi. J'en fus ravi, car des contradictions étaient désormais possible à la tête de l'état. Rentré en Europe, je devins le Représentant en Europe du PRP, la branche armée du mouvement Lumumbiste. Je parcourus l'Europe et nombre de pays africains, plaidant la cause de la lutte contre la dictature. C'était grisant parce que périlleux. On risquait, à la descente d'un avion, de finir tristement avec une balle dans la tête ou d'aller croupir des mois et des mois jusqu'à ce que les geôliers se fatiguent, dans un lugubre cachot d'un pays qui n'était même pas le votre. Et il y eut Shaba I et Shaba II : deux "fêtes macabres" qui virent périr beaucoup de zaïrois par le glaive des "étrangers" voulant imposer le maintien du Guide Eclairé dont le peuple ne voulait plus. En mai 1979, le Conseiller Spécial du Président de la République m'invita à passer quelques jours à Kinshasa. J'acceptais. Je voulais comparer le climat politique d'alors à celui de 1975, en vue d'évaluer les chances de retour au pays de beaucoup de nos camarades d'exil déçus par Shaba I et Shaba II. Lutter hors du pays nous paraissait de plus en plus stérile ; il fallait prendre le risque de travailler dans le peuple. Le Conseiller
Spécial me reçut, entouré d'un aréopage
d'administrateurs de la Sécurité et il me fut dit : "Shaba
I, d'accord, Shaba II, passe encore ; nous ne voulons pas de Shaba III.
Que nous conseillez-vous ?" On me rétorqua que je parlais de démocratisation alors que le peuple zaïrois n'était pas mûr pour de telles idées. Je vis rouge : "comment affirmer que nous n'étions pas mûrs pour la démocratie, alors que 2O ans plus tôt, nous avions lutté contre les belges pour l'indépendance de notre pays au nom de la démocratie !" J'avais certainement été trop loin, car le soir même une bonne âme vint me conseiller de prendre le large pour éviter un mauvais sort. Ce que je fis dès que possible. Voyez-vous, la fuite est souvent la seule défense face à un serpent politique, car tuer est dans sa nature et est plus fort que lui. Malheureusement, pour les autorités de notre pays, en décembre 1979, survint le massacre de Katekelayi, au Kasayi Oriental qui fit beaucoup de bruit. On parla abondamment des droits de l'homme et de leur violation au Zaïre. Le monde occidental feignit d'apprendre, ce qu'il savait pourtant très bien, que le régime zaïrois était sanguinaire et franchement abominable. Nous comprîmes alors le rôle qu'une diaspora organisée pouvait jouer dans la libération de notre peuple, puisqu'il s'agissait de se libérer d'une dictature. En 1981, après quelques négociations avec le pouvoir, concernant mon droit à la vie, je rappliquais à Kinshasa pour rejoindre la lutte intérieure. Les conditions de cette lutte m'épouvantèrent : aucune rigidité dans la rigueur révolutionnaire des combattants ; la corruption était tolérée ; des taupes de tout acabit étaient elles aussi tolérées et la non violence, comme dogme de lutte nous éloignait décidément des révolutionnaires algériens ou palestiniens ou même du PRP que j'avais parfois côtoyé en Europe. Il a fallu s'adapter à ces nouvelles et déroutantes conditions de lutte et, progressivement, s'y engager jusqu'à avoir l'honneur d'être "invité du gouvernement" dans l'une de ses sinistres prisons ; jusqu'à avoir un oeil qui ne voit plus très bien, des dents en moins et deux côtes cassées, suite aux caresses des braves gardiens mobutiens de la paix, de cette paix des cimetières que le régime se vantait de nous avoir imposé, car personne n'osait se plaindre du fond de son cachot ni du fleuve devenu une fosse commune. Tout était calme et qui ne dit mot consent, affirme une maxime de la communauté internationale. Il fallut
s'y faire et trouver, dans le degré de brutalité du pouvoir,
dans sa nervosité lors des répressions, dans la rumeur
de Radio-Trottoir, dans quelques extraits de rares journaux étrangers
et dans quelques informations d'indifférentes radios étrangères,
largement sollicitées dans le bon sens, des raisons d'espérer
la fin prochaine de l'odieuse dictature. C'était mince, mais
grisant. Il fallait
être un héros pour persévérer. Persévérer
à refuser le confort dont sa famille a besoin, à résister
à la pression quotidienne des siens soumis à un sort intolérable,
à accepter la souffrance dans sa chair, accepter la promiscuité
et la vulgarité de la vie de geôles, accepter d'être
réduit à néant, socialement, financièrement
parlant, alors qu'il vous suffit d'un mot pour accéder aux honneurs
et à la richesse, pour retrouver ses amis et la vie insouciante,
confortable, que mène l'intelligentsia zaïroise ! Ce que je retins sur le champ, et je ne fus pas le seul, fut que j'avais désormais le droit de porter une cravate si cela me chantait et nos femmes et filles celui de porter le pantalon ou la perruque. Le Guide l'avait dit ! Je retins aussi qu'on pouvait désormais m'appeler Monsieur, mon épouse madame et ma fille mademoiselle, comme tout être vivant du genre "homo sapiens sapiens" et terrien. Immense victoire! Le conseiller spécial avait donc transmis notre entretien de 1979. La dignité humaine nous était restituée. Nous cessions de faire partie de cette sorte d'humanité à part, sans droits ni dignité et sans emprise ni sur son propre devenir ni sur sa propre apparence. La vie valait désormais la peine d'être vécue, autrement que comme objet universel de mépris ou, pire, comme famélique pitoyable à secourir, abject mendiant international perpétuel. Nous pouvions rêver de bâtir notre pays et sûr qu'il serait le plus beau de la terre. Ce fut la fête populaire, vraie et spontanée. Et l'on parla du changement, changement des mentalités de la classe politique, changement des méthodes de gouvernement, changement du personnel politique lui-même et changement enfin de la structure de notre état. La Dictatoriale Deuxième République allait être remplacée par une Démocratique Troisième République faite de respect des droits de l'homme, de justice sociale et, pour sûr, de prospérité pour tous. Malheureusement pour nous, il en alla tout autrement : à 60 ans et après un quart de siècle de règne absolu, un dictateur se mue difficilement en démocrate. Certains parlent et affirment même l'impossibilité d'une telle mutation, car "chassez le naturel, il revient au galop". Aussi, afin de lever toute équivoque, le Léopard tint à refroidir tout enthousiasme immodéré ; il confirma donc sa nature féline, dictatoriale. 6 jours à peine après ce beau discours, le 30 avril, l'UDPS ayant osé installer un siège national sur le boulevard du 30 juin pour mettre fin à sa clandestinité, Mobutu y envoya son armée. Bilan : j'y laissai personnellement des dents et deux côtes cassées. 3 militants y laissèrent la vie et le parti y laissa tout le matériel et la documentation qu'il avait amenés au siège. Assurer l'ordre public, tuer et blesser des hommes et des femmes sans armes, piller ce qu'on est sensé protéger, ne sont-ils pas synonymes en Dictatoriale Deuxième République ? 3 jours plus tard, le 3 mai, nouveau discours du Guide Eclairé, devant le parlement, qui nous apprend qu'il y avait eu erreur, que la Démocratie n'était qu'un projet, un but vers lequel tendre et qu'en fait tout devait rester comme avant. Donc, plus de cravates, ni de perruque, plus de Monsieur, Madame, Mademoiselle, plus d'opinion personnelle, plus d'espoir de manger au moins une fois chaque jour ! Un vrai deuil je vous dis. Le sang chaud des étudiants poussa ceux-ci à protester. Le 11 mai, commandité et organisé par le pouvoir, un commando descendit de Kinshasa sur le campus universitaire de Lubumbashi, réveilla les étudiants en pleine nuit et en massacra une centaine pour l'exemple. Et tous les campus du pays eurent eux-aussi droit aux caresses, moins appuyées, des milices tribales privées de Mobutu, le Dieu déchu. Horreur et damnation ! Le monde entier se révolta. La Belgique se souvint qu'il existait des liens et obligations historiques solides entre les peuples belges et zaïrois, coupa toute coopération avec la dictature dont la culpabilité et la barbarie étaient indéniables et exigea que lumière soit faite sur ces événements, par une commission d'enquête internationale. Ce qui est tout à son honneur et lui vaut toute notre estime. Le Guide
Eclairé ne comprit pas qu'on fasse tant de bruit pour si peu.
Tout au long de son règne d'un quart de siècle, comme
l'a révélé Bula Hubert, alias Bolamba, le plus
fidèle de ses fidèles, pour asseoir son pouvoir, n'a-t-il
pas massacré bien plus de monde, sans se cacher et dans l'indifférence
totale de ces mêmes partenaires qui l'adulaient mais y rechignaient
maintenant ? Qu'est-ce à dire ? Que lui voulait-on au juste ? L'alibi de "non-ingérence dans les affaires intérieures" qui permettait à chacun de "s'amuser un peu avec son peuple", d'arrêter, bannir, torturer, suicider quiconque ne plaisait pas, sans risquer la moindre réprobation, cet excellent alibi, pourquoi ne fonctionnait-il plus ? Malveillance des belges ? Simple manque de pot ? Ou changement de mentalité politique dans le monde ? Le Guide éclairé ne comprenait plus rien. Son charme et son verbe étaient devenus inopérants. Un vrai drame ! D'où une démarche on ne peut plus hésitante, en zig zag, qui cachait mal le désarroi du pouvoir et finit par montrer à tout un chacun que le Léopard, le Grand et Puissant Léopard, était si pas mort, en tout cas sérieusement malade, politiquement parlant. D'où la peur de l'interrègne et de la succession. Entre-temps, la situation économique intérieure s'aggravait dangereusement, la faim et la misère populaires se révélaient être les plus dangereux des opposants à Mobutu, ceux qui allaient pousser le brave peuple dans la rue et provoquer une montée de rancurs contre le Guide bien-aimé, désormais identifié comme source de tout mal, mieux, comme le mal absolu personnifié, le démon. Il fallait trouver une parade à cette évolution. Le Guide chercha et trouva. Il organisa un "hold up" des plus abjects du peu d'argent dont disposait encore le peuple, le peuple le plus démuni de la terre. Il invitait chacun et chacune à confier son argent à des sociétés de jeu de hasard (Bindo, Guma, Panier de la Ménagère...) installées dans les bâtiments de l'Etat et donc officiellement soutenues par le Gouvernement, et promettait de rembourser, quelques jours après versement, le double, le triple et même l'octuple de la somme misée. Beaucoup d'honnêtes citoyens se laissèrent tenter. Même nos prudentes mères de famille engagèrent, qui l'argent du ménage, qui ses bijoux, qui une partie du patrimoine familial, dans le vain espoir d'un joli capital qui permettrait de mieux se débrouiller par la suite. La déception
fut à la mesure des espoirs nourris : Le peuple grogna, gronda, envahit la rue, affronta les milices privées du Guide Eclairé et dut se résigner à enterrer quotidiennement des "morts par balles perdues tirées à bout portant" qui avaient trop tenu à récupérer leur argent. Deuil à la cité, deuil dans tout le pays, mais champagne dans l'antre du Léopard où l'on fêta cette double ponction dans la poche du peuple et dans la masse des opposants. Diaboliquement génial, n'est ce pas ? Tout en
acceptant de mourir pour son argent, ce qui amusait le pouvoir, le peuple
parlait de lutter contre le Serpent (Guma) et quand il fut question
d'entrer en Conférence Nationale Souveraine, le peuple parla
d'y aller pour éventrer le Boa, c'est à dire y faire le
"grand déballage" de tous les crimes et turpitudes
de Mobutu et de sa Dictatoriale Deuxième République. Et c'était
voulu, pour démontrer : A la vue des exploits remarquables du duo Mulumba Lukoji + Kalonji Mutambay, le Guide Eclairé se sentit défié et crut devoir relever le gant. C'est ainsi qu'après avoir nommé/révoqué le Gouvernement Populaire de Monsieur Etienne Tshisekedi, il résolut de présenter au monde abasourdi son dernier joker : le sieur Mungul Diaka, tristement célèbre pour s'être autrefois spectaculairement évadé des geôles du même Mobutu où il était enfermé pour vol des bourses des étudiants. (dixit la Télévision nationale fêtant sa nomination comme Premier Ministre!). En ces temps de crise, où rien n'allait, c'était, d'après le Guide Eclairé, l'homme de la situation, celui qui allait assainir les finances publiques et surtout "assainir" le monde politique. Aussi, à l'unanimité, comme on devait s'y attendre, le Guide Eclairé gagna haut la main le trophée que s'était adjugé frauduleusement, Mulumba Lukoji et son compère. Décidément, le Zaïre était le pays des grands champions toutes catégories, de l'absurde et du ridicule. Le jour
de son investiture, le Grand Mungul me surprit très agréablement
: Il parla comme le Serpent de la fable après sa victoire sur
le léopard. Il tint à confirmer haut et fort, devant les
"chers téléspectateurs de la Télévision
nationale", sa réputation et ses intentions, donc tout son
programme d'action politique : Le Grand
Mungul avait parlé et il avait parlé exactement comme
le Serpent de la Fable relatée 23 ans plus tôt dans : "Enterrons
les Zombies" ! LA PROPHETIE
FAITE EN 1968 , DANS ENTERRONS LES ZOMBIES ETAIT DONC REALISEE ! A.- Dans
la première édition d'Enterrons les Zombies (que nous
reproduisons intégralement ici par honnêteté intellectuelle),
la fable annonçait que le serpent serait un intime du léopard
participant régulièrement à ses grandes oeuvres
; en somme un membre de ses services de sécurité. Correct.
B. Dans
cette même interprétation, mon ami et grand frère,
Justin Marie Bomboko est cité en termes discourtois de prostituée...,
qui me valurent eux aussi un procès. Là aussi, il y a
eu mauvaise interprétation d'une vision qui était correcte. C. La fable
prédisait qu'avec le temps, le Serpent aurait de plus en plus
de travail, il serait même quelque peu débordé.
Ce qui lui permettrait de prendre le Léopard en otage (pas de
Léopard sans Serpent, pas de Serpent sans Léopard), d'interpréter
ses intentions et de les exécuter sans autorisation supplémentaire.
Et le Serpent prendrait alors de plus en plus d'initiatives. En attente
de la suite. Chevilly Larue 1992. |
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